Renaud de Hurlevent

J’étais Cathare

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J’habitais un petit village
En Ariège à côté de Foix
J’étais un homme bon et sage
Qui vivait autrement sa foi
J’étais un petit tisserand
Il y a déjà huit cents ans…

Un matin de mil deux cent douze
Ils sont venus sur leurs chevaux
Depuis la cité de Toulouse
En brandissant la croix très haut
A leur tête Simon de Montfort
Sema la terreur et la mort

D’abord un nuage de poussière
Comme une tempête un volcan
Et puis les éclats de lumière
Reflets d’armures et chevaux blancs
Grondement sourd battant la terre
Qu’ils allaient abreuver de sang

L’immonde pape Innocent trois
Qui voulait une France catholique
Des Occitans aux Albigeois
Fit de nous ses proies hérétiques
Démons qui refusaient sa croix
Il signa son décret inique

Nous résistâmes pendant cent jours
Les enfants mouraient de famine
Nul ne vint à notre secours
Le siège de feu et de vermines
Les maladies et les vautours
C’est un village qu’on assassine

Je fus brûlé au crépuscule
Avec deux cents de mes amis
Sur le bûcher du monticule
Le ciel rougeoyait dans la nuit
J’ai vu la mort qui gesticule
Sous le vent de ma vie qui fuit

En guise de dernière pensée
J’ai formulé le modique vœu
Qu’un jour le temps aurait passé
Les hommes auraient perdu leur dieu
Au nom de Lui se trépasser
Au nom de Lui brandir l’épieu

Ainsi s’envolèrent les Cathares
Dans le feu-folie des barbares…

Renaud de Hurlevent

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